Et tous les sons ressurgissent. (Opéra Noël)

Ressortir une partition qui a déjà vécu, lui redonner vie, c’est troublant.

Un vieil ami qu’on retrouve, qu’on redécouvre…

On tombe sous le charme, sous le charme des bonnes trouvailles, sous le charme des beaux souvenirs…

Une clémence, une tendresse même envers la main qui tenait la plume, jadis…

Et pourtant, l’œuvre m’attend au tournant : les fragilités demandent une relecture, avec la maturité.

On ressort la dernière édition de la partition. Sur papier. Je me souviens de l’émotion d’ouvrir pour la première fois ce document de quelques centaines de pages, relié, prêt à l’emploi, même si les pages ne tournent pas encore bien… ça viendra vite.

La partition est vite annotée. Deux sortes d’annotations. Celles du chef, et celles à destination du compositeur. Petite schizophrénie nécessaire. Ces notes pour le compositeur, elles sont écrites en violet. Ces notes pour plus tard, c’est aujourd’hui qu’on va les lire.

J’ai le grand plaisir de redécouvrir cet opéra de Noël. Lors de la création, nous avions une équipe magique.

Tous les souvenirs ressurgissent d’un seul coup. Les réflexions préliminaires, les premières notes au piano, les premiers traits de crayon sur le papier à musique… l’édition de la partition, la première confrontation avec les chanteurs, les remises en doute, les ajustements… les compromis. On passe du microcosme à la vue panoramique. L’œuvre déjà grandit, on ne sait plus la saisir… On est trop près pour la voir grandir… Les répétitions sont programmées, alors il faut boucler l’orchestration : trois dizaines de musiciens attendent pour placer leurs coups d’archet, les chanteurs attendent la dernière version, pour voir si leurs corrections manuscrites sont bien conformes.

Et puis les concerts… Le chef dirige, mais le compositeur questionne l’œuvre : des longueurs ? Est-ce assez clair ? N’y avait-il pas une manière plus simple d’écrire ce passage ? Il manque une phrase, un duo ? Une coquille d’édition ? Tout cela, dans mes partitions, c’est pour le stylo violet.

Alors que manque-t-il ?

Le doute.

L’histoire, le livret, tout le monde le connaît. Dieu se fait homme. Et tous viennent de partout pour voir un enfant dans une crèche…

Il manquait le doute. Les personnages le méritent. Un peu de profondeur, pour exprimer la non-évidence ou l’ambivalence d’une émotion quand le destin vous frappe.

Déjà, être père, être mère, c’est renversant : on ne comprend pas tout, submergés, on ne peut faire autrement qu’apprendre en chemin… Et Marie ? Et Joseph ? Leur foi était sans doute immense, mais les Évangiles, eux aussi, expriment leurs doutes.

Et là, le compositeur devient acteur, comme au théâtre. Je me mets à la place du personnage, j’essaie de palper son tourment : il est complexe, il passe d’une couleur à une autre. Et des fois, on ne sait même pas poser tous les mots qu’il faudrait pour exprimer ses émotions avec justesse. Heureusement, je suis musicien. J’écris de l’opéra. La mélodie donnera la nuance.

Ce dimanche, première répétition de la version révisée… Aux premières notes, les équipiers de la première heure réagissent : je vois dans leur sourire les souvenirs de la version 1.4 illuminer leur visage. Place à la version 2.0.

Rendez-vous à Noël !

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Les Trompes et ma musique…